
Ecole virtuelle Poudlard & Université de Magie. Période jouée : 7ème année d'Harry Potter |
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| | La vie en kit, livraison à domicile [James] | |
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Isaac Deniel Elève de Serpentard 4ème année


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 | Sujet: La vie en kit, livraison à domicile [James] Sam 26 Déc - 23:00:33 | |
| Le sang coulait, brûlant, le long de sa tempe. Il dégoulinait sur sa mâchoire, et colorait l’eau grise du macadam. Le vent soufflait, la pluie tombait sur la neige boueuse de la chaussée. Elle absorbait chaque couleur, disparaissaient sur la souillure de la terre, de la rouille et de ces gouttes trop chaudes, trop rouges. Elles s’égrenaient sous des genoux écorchés, fuyaient des mains abîmées. Ailleurs, elles restaient suspendues aux vêtements, invisibles sur l’ensemble noir du jeune garçon. Ce n’était pas la peine d’alerter les passants, le refuge était à plusieurs rues de là. Un portoloin venait de le jeter à l’extrémité de Londres, dans un de ces quartiers mal famés où il ne mettait jamais les pieds. Ses bourreaux avaient bien choisi la destination, on ne savait jamais qu’il se fasse poignarder en chemin. Ce serait l’occasion d’une belle publicité. Les gentils Carrow se contentent de punition disciplinaire lorsque ces barbares de moldus assassinent sans raison un gamin perdu en banlieue. Il se releva péniblement en appuyant sa main valide sur le mur trempé de la ruelle. L’autre restait crispée, ses doigts recroquevillés souffraient le martyr sous la bise glacée qui mordait leur chair à vif et parfois brûlée. Son bras pendait amorphe contre son corps. Il lui semblait qu’il était cassé depuis deux jours. Mais les repères temporels ne signifiaient plus rien après une semaine à attendre, serré dans le noir le plus profond, l’éclat de la douleur, à invoquer un sommeil qui ne venait jamais. Sa conscience le quittait parfois, lorsqu’un mal trop brutal l’arrachait au monde. Il résistait jusqu’au point de non-retour. Alecto Carrow voulaient le torturer jusqu’à ce qu’il l’implore. Il devait demander pardon, s’excuser d’avoir dévasté le bal de Noël, renier ses horribles tares, accepter sa condition inférieure, au plus bas de l’échelle. Les nés-moldus se soumettraient ou périraient. Elle pouvait toujours rêver. Ne pas céder. L’injonction tournait en boucle dans son esprit, perçait ses yeux pleins de haine, provocants et étonnamment secs. Il ne pleurait pas, il ne ressentait rien. S’il mourrait, ce n’était pas grave. Au moins, l’enfer le digérerait tout entier, au moins, il passerait l’arme à gauche sans ployer devant le monstre.
Quand on survivait de cette façon, on apprenait à réduire ses besoins, à fermer ses pensées, à exister comme un animal en cage. Il s’étonnait de respirer l’air libre et sans chaînes. A la fin, il semblait que cette situation ne s’arrêterait jamais. Un jour, ses dernières ressources l’abandonneraient, il oublierait de se réveiller, et le noir l’engloutirait pour l’éternité. L’au-delà, la paix dans la mort, c’était de belles conneries. Il partirait seul et brisé, le visage pâle, et déformé d’un martyr privé de gloire. Au bout, personne à retrouver, sauf, peut-être la silhouette incertaine d’un jeune homme à demi effacé. L’obscurité, le froid humide et permanent des cachots s’emplissaient de temps à autre de sa timide présence. Sortie de son imagination délirante, coincée entre le morbide et la flamme révolutionnaire, elle était pourtant réconfortante. Alors il opposait à sa résignation têtue une idée ténue, murmurée du bout des lèvres par la vie tenace qui l’attachait à la terre battue de sa cellule. Ce serait dommage de mourir sans le revoir. N’avait-il pas décidé de le retrouver avant le nouvel an ? Oui, c’était la condition pour affronter le deuxième semestre. Mais, à cause d’Apollon, il avait lancé une opération suicide beaucoup trop tôt en s’offrant au bal de l’école une danse avec la faucheuse. Les images de la soirée étaient embrouillées, mélangées. Il se souvenait de pensées qui ne se reliaient à rien, et, les derniers instants s’achevaient sur un black out total. Heureusement, Carrow était là pour tout nommer. Il ne regrettait pas ses déboires, parce que, même sous l’emprise de l’alcool, il les comprenait. Seul le – ou les ? – baiser(s) avec le gyffondor le dérangeait un peu. Il lui trouvait une tête d’abruti fini depuis sa première année. La peine, il devait l’assumer et l’endurer. Ses parents savaient qu’il ne rentrerait pas pour les vacances. Comme à son habitude il n’avait pas donné d’explications précises. Cette année, il restait à l’école. Point. Il n’avait pas le courage d’affronter leurs regards, leurs questions. Il ne les inquiéterait pas plus que nécessaire, il préférait se traîner chez James, même s’il risquait de se faire refouler et renvoyer chez lui. En général, on ne sonnait pas à la porte d’une connaissance qu’on avait perdu de vue plusieurs mois couvert de sang et d’ecchymoses. Il le savait très bien. Mais vers qui se tourner ? Qui ? Il avait choisi de lui faire confiance. C’était une autre époque, un autre monde. Où était-il ce temps d’oubli ?
Ses cheveux noirs dégoulinaient devant ses yeux rougis et cernés. Il n’essaya pas de les repousser. Ils cachaient en partie ses contusions, c’était ça de gagné pendant que son écharpe de Serpentard masquait la plaie profonde et écœurante de sa mâchoire, ouverte jusqu’à l’os. Dire qu’il allait prendre le métro avec cette allure de pauvre victime. Les gens se détourneraient, aussi mal à l’aise que lui. Il y aurait des murmures choqués, et tous seront soulagés de son départ. Personne ne viendrait lui demander ce qui lui était arrivé. Il ne répondrait pas et les gens le savaient. Un miracle de volonté l’éloigna de la rue. Chaque pas étirait son cœur. Il descendit les escaliers du métro en se demandant comment il allait les remonter. Son corps était celui d’un pantin démonté, décharné, côte cassée, hanche sévèrement endommagé. S’il tombait, il ferait peut-être un bruit de verre brisé. Même sa valise pesait plus lourd que lui. A l’intérieur, une blessure plus grave que les autres, tranquilles tant qu’il était allongée, allait peut-être le tuer. Il y pensait vaguement. Ça ne l’alarmait pas. Que pourrait-il y faire ? Il ne demanderait pas d’aide. Les moldus autour étaient incapables de comprendre ce qui lui arrivait. Toute cette population qui menait son petit chemin de vie à l’abri des soucis l’exaspérait. Et c’était pour cette fourmilière misérable et puante qui grouillait sous les trottoirs, entre deux tunnels de métro qu’il supportait tout ça ? Y avait-il un combat qui méritât vraiment le sacrifice ? La foule du wagon bondé détourna la tête au lieu de lui laisser un siège. Mais s’il s’asseyait, il n’était pas sûr de se relever. Morose, il regardait les arrêts défiler. La tête lui tournait, la touffeur ambiante l’oppressait. Au cœur de la ville, il trouverait son salut, près de Regent’s Park, à Westminster. Il aurait pu effectuer le parcours les yeux fermés. Combien de fois l’avait-il fait pourtant ? Trois. Sa solitude à Poudlard, et les larmes contenues en retenue l’avaient souvent ramené sur le trajet.
A la sortie du métro, tourner à droite. Il marchait plus vite tout à coup. Le vieil immeuble était deux rues plus loin. Son cœur souffrait et accélérer. Ce serait drôle de le revoir après tout ce temps, et, surtout, de paraître dans cet état. A travers les vitres des magasins il voyait bien qu’il n’était plus que l’ombre de lui-même. Il ne ressemblait à rien. Cette pensée lui donnait presque envie de pleurer. Il avait la nausée. Sur le seuil du bâtiment, il caressa le nom du jeune homme du bout du doigt avant de sonner. L’attendait-il encore ? Et si son mec était là ? Il risquait d’être très encombrant. L’idée était stupide finalement. Il jugeait déjà plus sa sage de repartir il ne savait où lorsque la porte poussa un grésillement strident. Il l’ouvrit, emprunta l’ascenseur grillagé qui l’éleva jusqu’au dernier étage. Le plancher gémissait sous son pas hésitant. Il se dirigea vers la bonne porte et frappa… deux fois. Une. Deux. Un temps de repos au milieu. Les cheveux lui barraient toujours le visage lorsque James tira la poignée. Il posa sur lui un regard vide.
- Salut… Je peux rester chez toi quelques jours ? demanda-t-il d’une voix terne, faible et cassée par les cris, le mutisme et l’humidité.
Pas d’entrée en matière, rien. Un garçon insolent, en pleine forme, aurait pu demander la même chose. Sans doute la volonté stupide de se montrer encore fort. C’était tellement pathétique qu’il préférait des retrouvailles tristement ironiques. Ses yeux ne suppliaient même pas. Ils hésitaient entre la dureté d’airain et le vide abyssal. Au final, l’apparition du jeune homme le troublait peu. Il était ailleurs, là où les émotions ne vous atteignaient plus. _________________________________
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|  | | James Kirkby Apprenti fabricant de baguettes magiques

Nombre de messages: 638 Age: 22 Localisation: Près de son Né-Moldu d'amour Date d'inscription: 01/01/2008
 | Sujet: Re: La vie en kit, livraison à domicile [James] Dim 27 Déc - 12:18:14 | |
| Une odeur de brûlé flottait dans l'appartement depuis plusieurs heures, sans que James semble y prendre garde. Dans le salon, au fond d'un chaudron abandonné, une potion ratée achevait de caraméliser, dans de délicats relents de pneu fondu. Le maître des lieux se tenait dans la cuisine, d'assez mauvaise humeur, et dans une tenue peu affriolante : une chemise peu ragoûtante ouverte sur son torse nu, pieds nus, un vieux jean constellé de taches, pas rasé, pas coiffé, une cannette de bière à la main. Le ménage n'avait visiblement pas été fait depuis plusieurs jours : de la vaisselle sale s'empilait dans l'évier, des emballages vides jonchaient le sol, dont un nombre appréciable de bouteilles de toutes tailles. Sur la table, le cendrier débordait de mégots, et une cigarette oubliée achevait de se consumer sur le rebord. James tenait ce rythme effréné depuis Noël – depuis, plus précisément, qu'il était rentré de la sinistre fête de Noël donnée au manoir familial. Il aurait préféré, comme d'habitude, s'y ennuyer à périr ; mais cette année, père et grand-père avaient jugé bon de disserter sur les devoirs à l'égard de la famille, sur l'honneur du clan, sur l'obéissance filiale... Une entrée en matière qui n'avait pas manqué de déboucher sur une conversation déprimante : James était prié de s'intéresser de près à une jeune fille d'excellente famille, avec laquelle Peter et Thomas souhaitaient s'allier. Bon, la demoiselle, de nationalité hongroise, ne causait pas un traître mot d'anglais, mais a-t-on besoin de se parler pour s'épouser ? Il suffisait de dire oui, peu importe que ce soit en anglais, en magyar ou en cambodgien...
-Mais... Pourquoi moi ? s'était étonné l'heureux élu. Pourquoi pas George, ou Edward ?
Patiemment, comme s'il avait été un enfant attardé, on lui avait expliqué qu'on réservait ses aînés pour des alliances de plus de prestige ; en somme, qu'on lui refilait le lot de consolation. Et quelle consolation ! Une Hongroise avec laquelle il ne pourrait pas tenir une conversation, mais dont le père appartenait à la haute société de son pays, et était un expert reconnu dans le monde clos de la magie noire. Lord Kirkby avait assuré qu'elle était « très jolie », mais cette déclaration ne rassurait pas James qui savait pertinemment que son grand-père, si ses intérêts l'exigeaient, pourrait tout aussi bien le marier à une chèvre... À compter de ce moment, le benjamin de la famille avait cessé de toucher aux plats, et s'était uniquement consacré à boire, ce qui lui avait valu quelques réflexions bien senties sur son comportement indigne. À la fin de cette charmante petite séance, il avait regagné son logis, malgré les protestations maternelles (« James, tu es ivre, tu ne peux pas transplaner dans cet état ! ») et s'y était enfermé pour ruminer à son aise. Il avait essayé de préparer une potion figurant dans le livre qu'on lui avait offert, mais faute de racines de gentiane, il avait mis des racines de marguerite, d'où le ratage qui empestait l'atmosphère ; sans se donner la peine de nettoyer, le jeune homme avait simplement déserté le salon pour se replier dans la cuisine. Bientôt, il devrait quitter la cuisine dont le sol encombré de détritus en tout genre commençait à être passablement dangereux. Pas plus tard que le matin même, il avait marché pieds nus sur une capsule de bière, mais l'incident ne l'avait pas incité à faire le ménage ; il s'était contenté de flanquer un grand coup de pied dans le tas de bouteilles qu'il avait répandu aux quatre coins de la pièce.
Une vague nausée, après quelques jours de ce régime à base d'alcool et de tabac, lui tortillait l'estomac, et il se décida à faire quelque chose à quoi il avait refusé de s'abaisser depuis son retour : boire de l'eau. Il dut retourner les placards pour trouver un verre propre, et grimaça en avalant une gorgée du liquide glacé. Eurk... Un peu d'eau coula de sa bouche sur sa poitrine, et il frissonna. Le contact froid l'avait un peu réveillé, et il se rendait compte qu'il vivait dans une véritable porcherie. Il faudrait nettoyer tout ça...
Découragé par avance, le jeune homme se traîna jusqu'au canapé du salon, et appela, à voix haute, l'elfe du manoir familial. Il avait parfois recours à ses services, lorsque l'ampleur de la tâche l'effarait ; la petite créature se montrait ravie de devoir remettre en ordre le joyeux bordel de « monsieur », alors il serait inhumain de la priver de ce plaisir... Une heure plus tard, l'appartement resplendissait, à la différence de son occupant qui n'avait pas quitté son canapé. Il avait suivi d'un oeil torve les évolutions de l'elfe, et l'avait congédié en lui offrant une tablette de chocolat pour le remercier ; regarder travailler l'elfe l'avait épuisé, et la perspective de prendre une douche lui semblait insurmontable. Il restait donc affalé sur son canapé, le regard vide, essayant de ne penser à rien.
Le tintement métallique de la sonnette le réveilla – tiens, il s'était assoupi – et il se leva lentement en se demandant qui, parmi ses connaissances, pourrait avoir l'idée de sonner... Sans se presser, il alla ouvrir, en marmonnant quelques imprécations à l'encontre de l'abruti qui osait le déranger, sans doute un voisin en rupture de sel ou de farine...
-I... Isaac ?
Il fallait de bons yeux pour reconnaître Isaac dans ce garçon contusionné, sanglant, famélique... Son visage présentait toutes les nuances des hématomes – bleu, vert, jaune, violet, rougeâtre, presque un arc-en-ciel. Qu'avait-il fait pour être dans cet état ? Il s'était jeté sous le Poudlard Express ? Il avait essayé d'embrasser un dragon ? Le jeune homme n'imaginait pas quel genre d'ambiance régnait à Poudlard, et il était bien loin de se douter que ces marques résultaient de pratiques pédagogiques nouvelles...
-Viens, entre, murmura James, brutalement dessaoulé, en s'avançant sur le palier pour prendre la valise.
Il tracta la malle jusque dans l'entrée, et guida doucement le Serpentard jusque dans le salon, sur ce même canapé qu'il venait de quitter. Voir Isaac dans cet état lui retournait l'estomac, et il eut besoin de quelques instants pour arriver à parler :
-Isaac... Qu'est-ce que... qu'est-ce qui t'est arrivé ? _________________________________ |
|  | | Isaac Deniel Elève de Serpentard 4ème année


Nombre de messages: 517 Age: 21 Localisation: With you my dear... Date d'inscription: 13/06/2007
 | Sujet: Re: La vie en kit, livraison à domicile [James] Jeu 31 Déc - 20:49:36 | |
| Il était arrivé, le corps en miettes, sur ses deux pieds. Ses os exécutaient un bel exercice d’équilibriste. Il tanguait, s’appuyait sur la hanche droite, boitait, se courbait, mais ne tombait pas. S’il renonçait, faiblissait un seul instant, c’était le trou noir assuré, la chute fatale, le crâne ouvert sur le pavé, la nuque renversée dans les escaliers. La mort n’était jamais loin. Elle rôdait autour de ses pas, suggérait l’accident idiot. On n’avait pas idée de s’obstiner autant. La nature n’aimait pas les survivants. Des obstacles et des prédateurs arrivaient toujours à temps pour abréger leurs souffrances. Les hommes avaient créé l’hôpital, installation rassurante qui tenait les êtres au bout du chemin à l’abri des regards. Réparés, raccommodés, ils revenaient en civière ou en cercueil dans les familles, beaux ou laids, comme avant. Il fallait donner l’illusion que rien, malgré les malheurs, n’altérait la vie. Son obstination rompait la logique. Il n’avait pas le visage du visiteur surprise. A ce stade, il pouvait tourner un film d’horreur en postulant pour le rôle du zombie de retour à son domicile. Hélas, James jouait très mal l’abruti non pas surpris par l’aspect étrange de son cher compagnon mais par son arrivée inattendue au beau milieu de la série sentimentale de l’après-midi. La question exacte était « Mais qu’est-ce que tu fais là ? », puis, seulement, le masque de stupeur, les cris d’un côté et les succions de l’autre. Le truc, c’était que malgré le caractère totalement improbable de la scène, ils affrontaient tous les deux la réalité. Isaac luttait contre l’évanouissement. Son organisme s’affaiblissait à vue d’œil, et ce n’était certainement pas le fait d’une présence démoniaque ou d’une bactérie mutante. James, stupéfait, s’empressa de le faire entrer et le dirigea, comme un infirme aveugle, sur un canapé. Difficile d’ignorer son visage gonflé, tuméfié, éraflé, et maculé de sang séché. Ah l’odeur du sang, âpre et métallique. A moins de se faire vampire il se demandait s’il pourrait la sentir un jour sans avoir le cœur au bord des lèvres. Une vraie gonzesse, diraient les monuments de testostérone qui ne supporteraient pas la moitié de ce qu’il avait vécu. Le plus drôle de l’histoire était que ce n’était pas terminé.
James, lui aussi, faisait pâle figure. Où était passé le garçon toujours très bien soigné de l’été dernier ? A travers le voile de sa vision, Isaac lui avait trouvé une mauvaise mine, un visage mal rasé et une tenue de chômeur alcoolique. Effet dépression ou révisions ? Il n’avait pas la tête à s’inquiéter pour lui, mais la désagréable impression de déranger, d’être un poids pour son hôte le tenaillait. Il détestait son état. On aurait dit un vieillard, il ne lui manquait plus qu’un déambulateur. Ça lui donnait envie, soudain, de tout fracasser. Pourquoi ne pouvait-il pas se redresser, fier et droit, plaisanter, reprendre ses allures d’adolescent effronté au lieu de vaciller comme un ancien combattant effondré ? La douleur éclatait dans son crâne. Il résistait, soutenait le regard de James, impavide sous son teint de plus en plus blanc. Il était fort. Il n’avait pas parcouru toute la capitale pour tomber ici, alors que l’asile s’ouvrait, que le jeune homme était prêt à le recevoir sans lui poser de question, parce qu’il allait mal, parce qu’il avait besoin d’aide. Mais non ! Il tenait debout, les os brisés, c’était rien, ça se soignait. S’assoir, lentement, réveillait les plaies tout juste refermées, pressait les ecchymoses, déplaçait les os cassés. Il avait pincé ses lèvres, gonflées à force d’être déchirées par ses dents lorsqu’il refusait d’hurler. Des larmes perlaient au coin de ses yeux vitreux. Un simple malaise passager, il avait l’habitude. James l’observait, silencieux. Quoi, le spectacle ne lui plaisait pas ? La douleur devenait si vive qu’elle se muait en révolte, une crise, un délire post-mortem, quand la victime, sentant son heure venir, se rebelle une dernière fois contre cette puissance qui s’obstine à le quitter. C’est la honte qui le submerge. Une vérité cruelle le frappait, il n’était rien de plus qu’un homme.
Ce qui lui était arrivé ? Pleins de choses sur lesquelles il préférait ne pas revenir. Avec les mots, l’héroïsme passe vite pour ridicule. Et, surtout, les paroles se bloquaient au fond de sa gorge. C’était comme si on le maintenait dans une bulle à part, qu’il n’y avait plus rien à dire, rien à changer, rien à faire. James n’avait-il pas une petite idée de tout ce qui se passait dans le monde sorcier en ce moment ? Il réagissait comme tout le monde sans doute. Au fond, il connaissait la réponse mais refusait de la voir. C’était facile quand on avait une longue lignée magique à présenter, on pouvait se la couler douce l’âme en paix pendant que meurtres et disparitions inexpliquées se multipliaient. Bougon, plus fermé que jamais, Isaac baissa les yeux. Son attention fut retenue par une canette de bière coincée entre deux coussins. C’était stupide, mais il fallait qu’il fasse quelque chose, n’importe quoi, afin d’oublier son état, d’en minimiser la gravité. En voilà un remontant intelligent ! Plutôt crever que réclamer une aspirine. Têtu comme il l’était, il attrapa la canette de sa main valide, l’ouvrit avec le pouce et bu une gorge sans vraiment savoir à quoi s’attendre. Il s’était habitué à la bieraubeurre et aux cocktails sucrés. L’amertume de la boisson lui arracha une grimace écœurée.
- C’est dégueulasse ! pesta-t-il alors qu’une main le dépossédait de la canette.
Il se renfrogna, essaya de faire passer sa respiration plus forte pour un soupir exaspéré et de réprimer les spasmes qui l’agitaient. Une tension atroce comprimait tous ses membres, surtout ses pieds. Il distinguait à peine James derrière la brume pigmentée d’éclats lumineux.
- C’est bon, me regarde pas comme ça. Je vais bien je… - Sa voix était de plus en plus faible. - Tu te souviens que je suis un né moldu non ? C’est bête hein ?
La sueur perlait sur sa peau, un sourire étrange étira ses lèvres mais ses yeux, eux, se retournaient. On n’épuisait pas à l’infini les ressources qu’on avait plus. Et le corps, épuisé par le voyage, la semaine de torture, les nuits de sommeil en retard, avait décidé de se relâcher maintenant qu’il était en sécurité, quoiqu’en dise la volonté butée de celui qui le hantait. Il s’évanouissait encore, écran noir, néant brutal. Ça devait ressembler à ça mourir. On croyait lutter, et quand le grand moment arrivait, on n’y était finalement même pas préparé.
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Dernière édition par Isaac Deniel le Lun 4 Jan - 0:21:49, édité 1 fois |
|  | | James Kirkby Apprenti fabricant de baguettes magiques

Nombre de messages: 638 Age: 22 Localisation: Près de son Né-Moldu d'amour Date d'inscription: 01/01/2008
 | Sujet: Re: La vie en kit, livraison à domicile [James] Ven 1 Jan - 19:24:58 | |
| Lentement, avec d'infinies précautions de grand blessé, Isaac avait pris place sur le canapé, tandis que le regard anxieux de James épiait le moindre de ses gestes. L'air de rien, le jeune homme tâchait d'évaluer l'étendue des blessures, tout en évitant si possible d'être remarqué par l'adolescent : Isaac s'efforçait de donner le change, et sa fierté en prendrait un coup si on le ménageait trop ostensiblement... Il faudrait donc, pour bien faire, lui parler normalement, et même plaisanter, mais James s'en sentait incapable, même par égard pour l'amour-propre du garçon. De toute façon, il ne parvenait pas à dire un mot ; les phrases dérisoires restaient bloquées, et les questions se présentaient à son esprit, toutes plus stupides les unes que les autres. Qui t'a fait ça ? Pourquoi ? Quand ? Tes parents sont au courant ? À quoi bon poser ces questions ? Les réponses s'imposaient d'elles-mêmes ; si ses parents étaient au courant, il serait chez eux, et ne se serait pas traîné avec sa valise jusque chez un presque inconnu, sans savoir comment il serait accueilli. Quant à savoir qui lui avait fait ça... Depuis quelques semaines, des rumeurs, d'insistantes et dérangeantes rumeurs étaient parvenues jusqu'aux oreilles de James ; à Poudlard, on torturait à tour de bras tout ce qui ne ployait pas assez vite ou assez bas... Le jeune homme n'avait d'abord guère prêté d'attention à ces racontars, mais les histoires se succédaient, de plus en plus précises et atroces... Elles venaient à point nommé pour alimenter le dégoût croissant que le jeune Mangemort éprouvait pour lui-même et ses semblables, et il avait tâché de les oublier pour ne pas avoir trop honte. Courant décembre, une lettre d'Isaac était arrivée, et il était devenu vraiment impossible d'ignorer ces rumeurs. Tant qu'il ne connaissait personne, à Poudlard, susceptible de se retrouver en première ligne, l'oubli était facile et confortable. Mais le garçon s'était opportunément rappelé à son souvenir pour l'empêcher de se voiler la face.
Horrifié, James contemplait le visage meurtri de son hôte, écoeuré par ce qu'il voyait. Il avait déjà infligé des tortures, mais à des sous-hommes, à des parasites... C'était du moins ce qu'on lui avait rabâché, et ce qu'il s'était plu à croire ; il ne pouvait pas être coupable, puisqu'il faisait souffrir des êtres nuisibles, pas des humains... L'apparition d'Isaac remettait en cause tout ce catéchisme. L'adolescent était l'un de ces inférieurs, il charriait ce sang corrompu cause de tous les malheurs des sorciers, mais son visage tuméfié était comme un reproche perpétuel... Ce visage sur lequel s'étaient posés les baisers de l'étudiant, désormais déformé par la douleur, exerçait une fascination douloureuse sur le Mangemort. Regarde ce que tu as fait.
Il y eut un bref moment de pénible silence, puis Isaac eut l'heureuse idée de s'emparer d'une des canettes de bière que James avait disséminées dans l'appartement, chacune pourvue d'un sortilège Rafraîchissant. Ce geste eut le don de faire sortir l'étudiant de sa léthargie ; il se précipita immédiatement sur Isaac et, du geste ferme d'une mère attentive, lui ôta la canette des mains. Qu'avait-il besoin de boire dans son état ? Bien sûr, tout allait bien, comme il le prétendait de sa voix mourante... Tout allait si bien qu'il tournait de l'oeil ! Paniqué, James lâcha un cri étouffé, et se rapprocha du canapé avec l'idée d'y allonger le garçon. Au premier contact avec le bas de son corps, il se rendit compte que le moindre déplacement serait imprudent, car les os avaient pas mal souffert, et il préféra ne pas courir le risque d'aggraver les blessures d'Isaac. Il se contenta d'ouvrir le blouson du garçon pour lui permettre de respirer plus à son aise, et, après s'être assuré qu'il ne risquait pas de tomber, alla ouvrir l'un des placards de la cuisine. Sa réserve de potions occupait plusieurs étagères, mais il savait précisément où trouver ce mélange ; la potion anti-douleur était celle qu'il utilisait le plus souvent, et il en avait toujours une bonne quantité. Au passage, il prit un verre et une bouteille de jus de fruits, et rejoignit Isaac. Le garçon n'était pas revenu à lui, et James dut l'appeler doucement, ses doigts fouillant dans ses cheveux, pour lui faire rouvrir les yeux. Il n'avait pas osé lui tapoter les joues, ou serrer sa main, de peur de réveiller une douleur : apparemment, aucune partie de son corps n'avait été épargnée.
-Tiens, tu vas boire ça, annonça-t-il en tendant à Isaac le petit flacon. C'est une potion anti-douleur, ça va te faire du bien assez vite... L'idéal serait de vider la fiole d'un seul coup. Je préfère te prévenir, ce n'est pas franchement bon, tu n'auras qu'à boire ça ensuite.
Il versa un verre de jus de fruits qu'il garda en main, prêt à le passer à son patient lorsqu'il aurait avalé la potion. Un sourire amer aux lèvres, il commenta :
-Tu vas voir, c'est une potion assez puissante... D'ici quelques minutes, tu n'auras plus mal nulle part, je pense que c'est une sensation que tu as à peu près oubliée... C'est pas mal, tu verras. À ce moment, on pourra voir si je peux te soigner un peu...
Cette dernière partie du programme l'inquiétait un peu. Soigner des plaies sans gravité était tout à fait de son ressort, mais ressouder des os, c'était déjà plus compliqué. Si l'on ne s'y prenait pas bien, le remède pouvait être pire que le mal... On risquait tout bonnement de ne créer que de l'os, pas de cartilage ou de nerf, et James ne voulait pas prendre de risque de ce genre. Déjà, si Isaac pouvait avoir moins mal, ce serait une bonne chose... Tandis que le garçon prenait sa potion, l'étudiant demanda à mi-voix :
-Tu veux manger quelque chose, au fait ? Il me semble que ça te ferait du bien... T'as pas beaucoup engraissé depuis cet été...
Doux euphémisme, l'adolescent était famélique. Il avait grandi, mais cela n'expliquait pas tout ; ses joues s'étaient creusées, et sa maigreur avait quelque chose d'un peu inquiétant. Cela ne lui allait pas mal, ses pommettes saillantes lui donnaient un petit quelque chose de séduisant, mais quelques kilos en plus ne lui feraient tout de même pas de mal... _________________________________ |
|  | | Isaac Deniel Elève de Serpentard 4ème année


Nombre de messages: 517 Age: 21 Localisation: With you my dear... Date d'inscription: 13/06/2007
 | Sujet: Re: La vie en kit, livraison à domicile [James] Lun 4 Jan - 23:58:31 | |
| Quand l’esprit s’engourdissait des mains épaisses et rugueuses le rattrapaient. Elles s’abattaient comme deux serres voraces sur sa tête, tiraient ses cheveux, secouaient, arrachaient, jusqu’à ce qu’il ouvre les yeux. Debout ! C’est l’heure. Debout ! Nous n’avons pas encore terminé. Il restait sur le sol, incapable de bouger, les lèvres violacées, un sang noir aux commissures. Souvent, les veines du nez explosaient, tendues et épuisées. Des cercles vermeils s’étalaient sous ses yeux. Ils coloraient ses joues creuses lorsqu’un endoloris achevait de le réveiller. Le sortilège investissait ses cauchemars. Il l’entendait au fond de son sommeil. Un cri cinglant le propulsait sur le sol poussiéreux de sa geôle. Il serrait sa mâchoire par avance mais découvrait, le corps tremblant, que personne ne triomphait devant lui. Les torches brûlaient la nuit, le jour, Carrow n’était pas là, il avait chaud, ses dents claquaient, il savait qu’il ne se rendormirait pas. L’idée d’un maléfice de torture, sorti du néant, était trop effrayante. Vaporeux, il attendait qu’on animât son univers figé. Combien de temps avait-il perdu conscience ? ça n’avait aucune importance. Ses absences allaient de quelques minutes à vingt heures, mais il ne sentait pas de différence. Il ne récupérait jamais. Au lieu d’oublier, il délirait. Les pensées confuses le ramenaient systématiquement à ce qu’il vivait. Les coups de ses fantasmes étaient encore plus durs. Il versait en songe les larmes qu’il refoulait dans la réalité. Et, lorsque les paupières piquantes se soulevaient, l’horreur se poursuivait. C’était une boucle logique qui n’autorisait pas le repos. Combien de temps un homme pouvait-il tenir dans ces conditions ? Qui de l’être ou du corps lâcherait la barque le premier ? Il avait craint le prolongement arbitraire de sa peine à la fin de la semaine. Ses yeux défiaient son bourreau de le retenir toutes les vacances mais son esprit, brisé, à bout, implorait la trêve. Alecto Carrow n’en pouvait plus de lui. Maudissant son attitude revêche à l’excès elle lui avait préféré quelques jours de congés. Il était libre. C’était une vérité difficile à assimiler. Une main se glissait à nouveau dans ses cheveux. Sa faiblesse venait de lui faire perdre connaissance. L’endoloris le punirait. Il se préparait, crispé, désespéré, à recevoir une douleur trop bien connue, à déchirer les cordes vocales qu’il n’avait plus, les nerfs crispés, la respiration bloquée. Rien. Les doigts n’en finissaient plus de le caresser. C’était agréable. Il ne comprenait pas. La douceur n’existait plus. Ce n’était pas normal, il aurait dû avoir mal.
A travers ses cils, il distinguait une silhouette nouvelle, celle d’un jeune homme. Celle de James. Il était libre. Les Carrow ne viendraient pas le chercher ici. Pour la première fois depuis la rentrée il s’effondrait en terrain ami. A la place d’une baguette pointée entre ses yeux, là où le choc était le plus douloureux, un petit flacon se dédoublait au bord de ses lèvres. Une voix lointaine lui ordonnait de le boire. Il tourna instinctivement la tête. L’image de son bourreau revenait à la charge. Elle aimait employer des formules impératives pour qu’il enclenche lui-même les pièges de ses créations stupides. Comme le menacer du pire n’avait aucun effet sur lui, la cruelle jurait de lui envoyer la punition s’il refusait d’obtempérer. C’était équitable. Il préférait se mutiler tout seul. Ses doigts avaient perdu leur peau de cette façon. Un à un, il les avait fait passer dans cette machine coupante, le regard rivé sur le monstre, noir de haine et de rage. Il fallait se concentrer sur sa colère. Ce qu’il subissait était anodin. Non. Non, il n’avait pas mal, le sang ne giclait pas sur son visage, sa chair ne partait pas en lambeaux. Pourtant, la voix lui parlait d’une potion anti-douleur. Etait-il possible d’interrompre la chute ? Il restait prisonnier du cachot, la mine striée derrière les barreaux. L’acier rouillé des chaînes pressait encore ses poignets. Deux mondes l’étiraient mais celui qui était devenu le sien l’appelait férocement sous la terre, au pays des rampants, dans la dernière demeure des agonisants. Mais il s’éveillait ailleurs. Les coussins remplaçaient la poussière humide, James vantait les mérites de sa potion d’un ton bienveillant. Ses yeux devenaient brûlants. Sa vue, stabilisée, était devenue trouble. La gorge nouée, il prit le flacon et le vida doucement. Finalement, il préférait de loin la bière. Ce breuvage était infect, acide, presque corrosif. Une toux écœurée s’empara de lui et il accepta le jus de fruit sans se faire prier. Une gorgée seulement. Il ne supportait plus rien d’autre que l’eau. Ça n’avait pas d’odeur l’eau.
Et James osait lui demander s’il fait faim, alors qu’il lui suffisait de penser à un plat pour que l’envie disparaisse. Il maigrissait à vue d’œil et il semblait qu’il ne pouvait rien contre cette terrible fatalité. Le dégoût de la nourriture l’emportait sur la volonté de rester beau, en bonne santé, comme avant. Un passé étrange l’enveloppait sous la chaleur apaisante de l’été. James était là, sa peau était de soie. Il se souvenait d’un corps qui n’avait pas encore connu les affres de la persécution. Le soleil le bordait d’or. Mais, au creux de l’ombre, les courbes délicates avaient fondu. L’adolescent de juillet dépérissait comme une fleur laissée aux ténèbres. Isaac fixait résolument le liquide orangé de son verre. S’il levait les yeux, il ne pourrait plus retenir ses larmes. Elles traçaient déjà des sillons le long de ses joues. L’attention de James lui serrait le cœur. Il en avait rêvé sans y croire et, à présent, elle l’égarait, détruisait, impitoyable, les remparts qui se dressaient entre le reste du monde et lui. Tout s’écroulait. Le jeune homme était près de lui. Il ne posait pas de question, s’inquiétait juste de son état, et de la façon dont il allait le soigner. Un poids de plus en plus lourd l’étranglait. Il secoua négativement la tête. Non, il ne mangerait pas.
- J’ai changé hein ? On dirait même pas que c’est moi… J’sais même plus très bien… En été, j’étais peut-être beau… Mais en fait, je suis horrible… Et je sais pas pourquoi je… je…
Sa voix se brisa. Il ne savait même pas ce qu’il voulait dire. Comment exprimer le mal contenu depuis des mois ? Les plus longs silences duraient à jamais. On ne disait jamais les mots qu’on gardait. Ils étaient en nous, scellés, et des cicatrices se formaient autour des infections qu’ils créaient. Alors une gangrène s’étendait. Elle tuait les sensations, les sentiments, lissait les entrailles, leur donnait la froideur du marbre. Jusqu’au jour où tout explosait. C’était la seule solution quand les paroles avaient manquées à l’heure de la plaie. Isaac suffoquait. La potion opérait et il ne l’avait même pas noté. Il posa le verre par terre, avant de le renverser. Sa fierté ne maîtrisait plus rien cette fois. Un rideau de pluie tombait devant ses prunelles. Il suffoquait. C’était lamentable et pourtant, il s’entendit éclater en sanglot. Son bras valide ramena un cousin contre son visage, pour le cacher, ou pour se raccrocher à quelque chose. Il n’osait pas se tourner vers James. Les larmes ne voulaient plus s’arrêter. Il semblait que rien ne pourrait les interrompre. C’était idiot, ça rehaussait son désespoir. A quoi ressemblait-il ? A quelle sinistre comédie participait-il ?
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|  | | James Kirkby Apprenti fabricant de baguettes magiques

Nombre de messages: 638 Age: 22 Localisation: Près de son Né-Moldu d'amour Date d'inscription: 01/01/2008
 | Sujet: Re: La vie en kit, livraison à domicile [James] Mer 6 Jan - 14:06:06 | |
| Isaac arrivait à point nommé pour permettre à James d'essayer son cadeau de Noël : un gros livre de potions, avec un bel assortiment d'ingrédients. Ses parents n'avaient jamais été très fantaisistes pour les cadeaux, et toute la famille avait d'ailleurs ouvert un museau de carpe suffocante en voyant la superbe cravate rose vif que le benjamin avait offerte à Edward. Il n'avait pas eu le loisir d'expliquer que le rose était une couleur très tendance pour les hommes : son grand-père l'avait pris à part pour l'informer qu'il avait lui-même choisi les ingrédients pour potions, et que le livre contenait pas mal de recettes de potions de soin, parce que « ça pourra toujours te servir »... Clin d'oeil pseudo-complice du vieil homme tout fier que son petit-fils porte la Marque des Ténèbres, tape virile dans le dos, et on n'en parle plus.
Le premier essai de ces fameuses potions s'était terminé par un fiasco, principalement en raison de l'état d'ébriété avancée du jeune homme au moment de la préparation. Mais là, il se sentait parfaitement lucide, apte à confectionner le mélange le plus difficile, pourvu qu'il puisse soigner Isaac. L'adolescent avait bu la potion anti-douleur, c'était déjà un premier pas ; il avait eu l'air dégoûté à la seule mention de la nourriture, et l'étudiant murmura :
-C'est pas grave, si tu n'as pas faim. On verra plus tard. De toute façon, je ne suis pas sûr que ma cuisine soit vraiment la meilleure chose à t'infliger...
Lamentable tentative pour faire de l'humour, pour voir si ces lèvres meurtries pouvaient encore s'étirer en un sourire. Tout, plutôt que de parler directement de l'état du garçon. James osait à peine le regarder ; chaque plaie, chaque bleu sonnait comme le rappel impitoyable de ce qu'il était lui-même. Ce sont tes compagnons qui ont fait ça. À leur place, tu en aurais fait autant, simplement pour ne pas broncher sous les ordres et risquer un châtiment... Tu n'es pas mauvais, tu es lâche, et c'est loin d'être mieux. Les mots d'Isaac venaient tomber sur cette certitude avec une violence insoupçonnée, creusant encore l'abîme dans lequel s'enfonçait le Mangemort... S'il savait à qui il parlait, s'il savait à quel salaud il faisait confiance... James se sentit pris d'une détresse indicible lorsque le garçon éclata en sanglots, comme s'il avait directement causé sa souffrance ; il resta un instant les bras ballants, incapable de penser à une réaction appropriée, avant de se décider : mieux valait réagir maladroitement que rester à ne rien faire. Contournant le canapé (en marchant au passage dans le jus de fruits répandu), il vint s'asseoir à côté d'Isaac, et passa son bras autour de son cou. Sans appuyer, sans serrer, de peur de raviver quelque blessure ; il voulait juste lui montrer qu'il était là, le réchauffer, le réconforter s'il en était capable. D'un geste lent, il amena le visage du Serpentard sur sa poitrine, dans le creux de l'aisselle, près du coeur, pour offrir au chagrin du garçon un coussin tiède ; ses doigts lissant doucement les cheveux noirs d'Isaac, il murmura sur un ton apaisant :
-Faut pas pleurer, Isaac... faut pas pleurer... sinon je vais pleurer aussi et j'aurai l'air d'un con. T'es en sécurité ici, je vais m'occuper de toi, ça va aller...
Il poursuivit ses caresses quelques instants, sachant pertinemment qu'au bout de quelques minutes, la potion anti-douleur aurait un effet sédatif qui viendrait à bout de ce torrent de larmes plus efficacement que ses minables paroles. Alors il pourrait se lever, aller chercher son bouquin et commencer à préparer les mélanges qu'il ne possédait pas encore. De quoi faire repousser la peau à vif des doigts, par exemple, et de quoi réparer la hanche broyée. Des questions lui brûlaient les lèvres, mais, outre le fait qu'il aurait été indélicat de les poser à cet instant, il n'était pas certain de vouloir connaître les réponses. Qui exactement t'a fait ça ? Si c'était Rogue, ou l'un des Carrow, autant abandonner tout de suite l'idée de venger le garçon. Un Mangemort loyal ne pouvait pas en attaquer un autre – ce serait trahir que de prendre le parti d'Isaac contre eux, si déjà le fait de l'accueillir n'était pas une félonie... Et en plus, ceux-là étaient particulièrement redoutables en combat, et James doutait fort d'avoir la moindre chance. Pourquoi t'ont-ils mis dans cet état ? Simplement parce que tu es né moldu ? Et lui, qu'aurait-il fait si on lui avait ordonné de massacrer du Sang-de-Bourbe ? Mal à l'aise, il répéta :
-Ça va aller, Isaac, ça va aller...
Sous les mèches, ses doigts venaient de rencontrer une longue entaille dans le cuir chevelu, et il déplaça ses caresses vers l'arrière de l'oreille, à un endroit sans bleu et sans estafilade, en guettant le moment où les sanglots cesseraient enfin. _________________________________ |
|  | | Isaac Deniel Elève de Serpentard 4ème année


Nombre de messages: 517 Age: 21 Localisation: With you my dear... Date d'inscription: 13/06/2007
 | Sujet: Re: La vie en kit, livraison à domicile [James] Mar 26 Jan - 20:04:18 | |
| Les chutes les plus violentes de larmes suivaient parfois des procédés étranges. Au bord du gouffre, le corps en miettes, le jour aveugle, on invoquait le constat le plus évident, celui que les cœurs impitoyables assenaient en premier. Regarde-toi, tu es laid, le monde entier te fuirait s’il le pouvait. L’apparence tuméfiée renvoyait au désastre intérieur. Il n’était plus beau, il n’était plus rien, juste une pauvre victime effondrée dans le canapé d’un jeune homme qui ne lui devait absolument rien. Que faisait-il là ? La lumière agressait ses paupières. Il voulait s’enfoncer dans le noir, goûter au néant le plus total, le corps nié, les lamentations étouffées par l’obscurité. C’était terrible, cette impression de ne plus trouver de fin à la détresse. Il était lamentable, il souffrait davantage et quelque chose en lui refusait d’arrêter les cris brisés, les syllabes balbutiées et vides de sens qui tremblaient sur ses lèvres éclatées. Son inconscient donnait voix à l’incompréhension brutale de sa douleur mentale. Elle suppurait à l’infini, mais ne se montrait jamais. Sous l’œil, elle se dérobait. On ne la soignait pas, on l’endurait. Pourquoi ? La question rythmait ses sanglots avec force. Ce mal, terrible, était partout. Il ne désignait aucune blessure précise, ensanglanté, violacée, sur une peau lisse et blanche. La tache écarlate s’étendait au creux de l’inaccessible. Il n’y avait pas de raison de souffrir. Quel coup étrange l’atteignait à ce point ? Le langage renonçait, il revenait aux origines de l’existence, enfant craché au monde, déambulant entre les formes colorés, les sons et les odeurs qui se lient dans un joyeux chaos. Au début, le sens n’existe pas. Les larmes s’en passaient. C’était pour cela qu’il pleurait. Des mois de silence glissaient le long de ses cils. Le sel piquait ses joues, la salive dégoulinait sur son menton, il n’avait même pas envie de l’essuyer. Lorsqu’on tombait après une résistance obstinée, on ne voulait plus se relever. La déchéance était fascinante. Oui, peut-être qu’il savourait sa laideur, la certitude honteuse de n’être qu’un pauvre tas de chair aux entrailles labourées. Tant pis. Il abandonnait, il renonçait. Je suis vaincu. Les Carrow avaient leur phrase finalement. Il ne se battait plus.
Près de son visage, le poids de James fit ployer le canapé. Un bras s’enroula autour de son cou et essaya de l’attirer contre un corps chaud et rassurant. Isaac lâcha doucement le coussin maculé de larmes, de salive et de sang pour accepter spontanément le nouveau support qu’on lui offrait. La tête posée sur la poitrine du jeune homme, il hoquetait à présent, l’esprit vide, incapable d’exprimer quoique ce soit. Tout se passait comme s’il venait de mourir. L’idée du futur était ridicule, le passé n’éveillait aucun sentiment. Rien. Il attendait presque qu’on lui serve la fin sur un plateau. Y aurait-il vraiment un lendemain ? Mais comment faisait-on les lendemains ? Il referma sa main sur la hanche de James, et le garçon murmurait que rien ne pouvait lui arriver. Il renifla sans y croire. Non, ça n’allait pas. Les mangemorts placardaient de nouvelles lois tous les jours, le statut de sang de tous les sorciers serait bientôt officiellement placardé, les mois qu’il venait d’affronter n’était rien face à l’enfer qui se préparait et on lui demandait de relativiser. Tu sais ce que je ferais, à tout de suite, si je le pouvais ? La tête dans le mur, le front contusionné lacéré avec les ongles et s’il fallait s’arracher les veines l’opération se réglerait à coup d’incisives. Etrangement, ces images violentes le calmaient. Le regard terne, il réalisait qu’il n’y avait rien à faire sinon que se faire mal. La folie papillonnait entre deux accès de rage. Et s’il acceptait le mensonge du jeune homme désemparé qui l’enlaçait. Il était venu trouver la paix. Pour le moment, tout allait de la meilleure façon possible. Une âme bienveillante s’occupait de lui. Un cœur battait contre son oreille, il aimait cette vie. Il l’avait senti plus forte que nulle autre, les mois s’étaient dilués dans le froid, elle était toujours là.
- Tu sais que ce n’est pas vrai, murmura-t-il faiblement. Mais on va faire semblant, imagine qu’il n’y a plus de temps…
Ses doigts remontèrent lentement jusqu’aux lèvres de James et il les dessina d’un geste tremblant comme pour sceller une promesse muette entre eux. Les heures se figeaient maintenant. Ils pouvaient ignorer l’horreur du dehors, fermer les yeux, se reposer un peu. La réalité reviendrait vite au galop, elle pourrait les séparer s’ils ne survivaient pas, s’ils choisissaient de ne pas l’affronter de la même façon. Le jeune homme n’était probablement pas différent de tous ceux qu’il méprisait à l’école. Isaac se faisait peu d’illusions, il connaissait son milieu social, il avait eu aussi un aperçu de ses idées, ou en tout cas, de son approbation passive. S’ils parlaient, devait-il le décevoir ? Ce nouveau protecteur, le seul réconfort qu’il trouvait, n’était-il qu’un mensonge de plus, la preuve qu’il était désespéré au point de s’accrocher à n’importe qui ? A un sauveur qui avait peut-être déjà trahi les siens ? La main désormais crispée sur son épaule, il enfouit davantage son visage contre sa poitrine. Il prenait des risques en le recueillant pourtant… Son esprit s’arrêta là, sur une conclusion qui avait le pouvoir de balayer toutes les questions. C’était très bien comme ça, et la potion drainait son énergie autant que les sanglots. Il flottait à moitié, accablé par la lourdeur de son corps. S’il ne ressentait plus rien, les blessures restaient sérieuses. Il était coincé ici, obligé d’attendre la fin de soins qui n’avaient pas encore commencé, si du moins l’étudiant savait y faire. En fait, il ignorait presque tout de ses capacités en la matière. Mais puisque tout allait pour le mieux, il lui ferait une fois de plus confiance.
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|  | | James Kirkby Apprenti fabricant de baguettes magiques

Nombre de messages: 638 Age: 22 Localisation: Près de son Né-Moldu d'amour Date d'inscription: 01/01/2008
 | Sujet: Re: La vie en kit, livraison à domicile [James] Mar 26 Jan - 23:07:26 | |
| Les sanglots avaient duré longtemps, suffisamment pour que James ait des fourmis dans l'épaule, sans qu'il parvienne à trouver les mots justes pour consoler Isaac. Il s'était vite rendu compte quil parlait dans le vide, et il s'était tu, se contentant d'une présence silencieuse qui semblait plus apaisante pour le garçon. Enfin, vaincu par la fatigue, la potion et la chaleur de l'appartement, Isaac s'était calmé, ses larmes avaient cessé de couler, et ils étaient restés un bon moment l'un contre l'autre à écouter leurs respirations se répondre. James ne s'était décidé à bouger que lorsqu'il avait senti Isaac parfaitement détendu contre lui ; l'estomac noué, il s'était levé, avait calé son hôte contre le dossier du canapé, et était parti préparer du thé et des toasts, en prenant son temps pour pouvoir réfléchir. Isaac lui avait fait confiance... Cette pensée le rongeait de l'intérieur, comme une souillure en train de s'étendre. Un jour, il saurait à quelle ordure il avait confié sa vie, et il le haïrait, et il aurait raison... Peut-être qu'avec un peu de chance, il le détesterait assez pour le tuer. Avec tout ce qu'il avait encaissé, il serait certainement capable de tuer, songea James en disposant sur un plateau son petit déjeuner et deux fioles de potions. De quoi commencer à reconstruire les os, et un baume contre les bleus. -Isaac... tiens... tu vas essayer d'avaler quelque chose... hein, tu vas essayer... Pas motivé pour manger, le gosse, même pas pour boire une gorgée de thé. Il n'y avait que pour les potions qu'il faisait un effort, parce qu'il savait que c'était indispensable. Mais même les scones tièdes les plus appétissants, même le meilleur thé ne trouvait pas preneur. -T'en fais pas, tu mangeras plus tard, murmura James, malade d'inquiétude. Je vais t'installer dans mon lit, tu seras mieux, d'accord ?Très soigneusement, il prit le garçon dans ses bras et alla le déposer dans le grand lit qu'il avait préalablement ouvert ; la douceur de ses gestes le surprenait lui-même, et le garçon ne gémit pas une fois durant le trajet jusqu'à la chambre. Sans doute la potion aidait-elle à calmer sa douleur, mais il n'en demeurait pas moins que pour Isaac, James se découvrait une tendresse insoupçonnée, et que cela devait vouloir dire quelque chose.
* * *
Quelques jours au lit n'avaient pas effacé toutes les séquelles sur le visage d'Isaac, mais les bleus, du moins, avaient disparu, et les os commençaient à joliment se reconstituer. La potion anti-douleur droguait un peu le Serpentard, qui dormait beaucoup, et James en profitait pour vaquer à diverses occupations – les courses, la préparation de potions, ainsi que, dans ses moments de désoeuvrement, la rumination mentale. Un terrible sentiment de culpabilité lui gâchait la vie, à tel point qu'un soir, lorsqu'il regagna l'appartement, il venait de commettre une véritable trahison à l'égard de son Maître : sans en informer Isaac, il était allé lancer des sortilèges de protection sur le domicile de ses parents, et même, tant qu'il y était, sur tout l'immeuble. Une action qui lui avait permis, ensuite, de se regarder sans trop de dégoût dans la glace de la boutique où il avait acheté le dîner – des pizzas, en espérant qu'Isaac apprécie cet effort vers la gastronomie moldue. Sans bruit, il déposa les deux boîtes sur la table basse du salon, et ouvrit la porte de la chambre, en murmurant le prénom du blessé. _________________________________ |
|  | | Isaac Deniel Elève de Serpentard 4ème année


Nombre de messages: 517 Age: 21 Localisation: With you my dear... Date d'inscription: 13/06/2007
 | Sujet: Re: La vie en kit, livraison à domicile [James] Mer 3 Fév - 19:28:38 | |
| Il se retourna et enlaça le vide. La chambre baignait dans l’obscurité, la pluie battait les carreaux, une circulation paresseuse vrombissait au bas de la rue. Quelle heure était-il déjà ? Son regard ensommeillé se tourna vers un cadrant de cristaux magiques. Dix-huit heures et il lui semblait qu’une minute à peine venait de passer entre son réveil trop matinal et cette nouvelle prise de conscience. Dehors, le jour s’éteignait, il n’avait même pas vu sa lumière. Dans un soupire, Isaac s’écrasa à plat ventre sur la place froide de James et ramena la couette sur lui. Après une semaine sans sommeil, il découvrait les joies de l’hibernation. L’ennui, c’était que les journées de paresse l’assommaient. Il semblait impossible d’émerger. Le corps gémissait, les tempes s’enflammaient, ses rêves se contentaient d’embrouiller les images, il relevait à peine la différence entre les moments réels et fantasmés, comme si un virus tenace prenait possession de son organisme cassé. Fichue potion. Sa patience très limité devant la faiblesse commençait à se révolter. Il voulait se lever, en pleine forme, sortir sous l’averse, faire quelque chose, n’importe quoi, au lieu de végéter dans la noirceur confinée de la pièce à coucher. En l’absence de James surtout, il se sentait capable de défier sa convalescence de la manière la plus insensée possible, en révisant sa magie hier par exemple… L’inactivité l’enlisait au cœur des plus sombres pensées. Elles tournaient inlassablement, se figeaient parfois, mais ne le lâchaient jamais. Sa tête bouillait de tortures, de paroles atroces et de situations inextricables. Il n’était qu’une souillure. Lorsqu’il se voyait étendu dans les draps blancs, il avait envie de donner raison aux Carrow. Concrètement, qu’il guérisse ou pas, ça changeait quoi ? L’oubli des autres était facile, parce qu’on ne se souciait jamais que de soi. La semaine précédente aurait pu le tuer, et personne, à part ses parents, ne se serait inquiété. Quelques élèves lui avaient fait des signes le soir de Noël. Mais ensuite ? Une âme de moins. C’est bête, c’est dommage, et la vie continue. Les plus lâches s’accorderont même doucement aux exigences des bourreaux, en se persuadant qu’au final, ils n’étaient pas si mal logés. Pour vivre en paix, l’homme peut s’adapter au pire. Au moins, James était là. Il pressa l’oreiller imprégné de son odeur sous son nez et somnola encore un instant.
Une demi-heure s’égrena. C’était vrai que des camarades avaient pensé à lui pour Noël, alors qu’il n’espérait aucune attention. Il n’avait rien ouvert et tout laissé en vrac au fond de son sac. Au fond, quand le mal s’emparait de nous, on préfère se croire ignoré. L’affection des autres devient inexplicablement douloureuse. Il avait tout d’abord songé à brûler chaque paquet, mais, au final, il les avait laissés à la poussière… Etait-il temps de les ouvrir ? Il n’en savait rien, l’entreprise serait sans doute à double tranchant. Cependant, la curiosité le piquait. Il venait de trouver un prétexte de quitter le lit et une occupation moins risquée que la métamorphose au milieu du salon de l’étudiant qui avait, par il ne savait quel procédé, donné à la table basse une intéressante consistance caoutchouteuse… Ce n’était pas sa faute si le jeune homme n’avait rien remarqué pendant qu’il dormait sur le canapé et essayé de poser une théière brûlante dessus. En fait, avant de se faire réveiller pour se retrouver face à une table affaissée, il était persuadé d’avoir rêvé le passage du sortilège raté, et surtout, mal dirigé. Un vague sourire creusa ses joues. James tenait une expression de totale incrédulité assez drôle pendant qu’il fixait le résultat de son œuvre d’un air absent. Ils arriveraient peut-être à en rire d’ici quelques jours…
Passant l’un des t-shirt de l’étudiant à la hâte il se traina jusqu’à sa valise et examina les étiquettes. L’attention de William ne le surprenait pas, il espérait que ces vacances auprès des siens sauraient lui apporter un peu de réconfort. Leur triste rencontre dans les couloirs de l’école le marquait d’un souvenir amer. Le Gryffondor était peut-être plus abattu que lui, persécuté par défaut et menacé par la haine de ses chers comparses verts et argent… Comment surmonterait-il la suite des épreuves ? Il aurait aimé faire quelque chose pour lui. Hélas, leur entrevue déprimante l’avait conforté dans l’idée de son impuissance. Consoler les gens n’avait jamais été son truc. Il ne connaissait pas les bons mots. Certains usaient de discours réconfortants avec talents. Il lui semblait à l’inverse que les paroles exsudait toujours un peu plus la vanité… Le cœur lourd, il nota que le rouquin avait songé à ses blessures en lui offrant un baume, comme pour rappeler le drame qui les lierait à vie. Ensuite, Ange, celle qui avait été en troisième année sa meilleure amie avec Lou, réaffirmait leur complicité. Ne l’avait-il pas trop vite jugé après la déception que lui avait causée Précieuse ? S’il avait la force de rompre la solitude, il pourrait peut-être le vérifier. A Poudlard, il ne lui restait plus qu’elle de toute façon, et il n’avait pas envie de se construire un nouveau réseau social, ces choses là se rompaient d’un rien…
Mais pourquoi Pénombre avait-elle dépensé pour lui ? L’envie malicieuse de plaisanter au sujet de leur rencontre plutôt dénudée dans les douches des vestiaires en lui envoyant une serviette de bain aux gravures éloquentes… ? Nu artistique n’est-ce pas… La jeune femme s’amusait probablement de la même façon en écrivant des articles pro Sang Pur dans la Gazette de l’école. Etait-ce bien le moment de rire avec lui d’un passé cocasse ? Le visage soudain hostile il roula le cadeau au fond de la valise et s’arrêta sur un paquet anonyme. A l’intérieur, une boîte de chocolaterie fine et une carte de vœux énigmatique signée « Le maîtresse de Porthos ». L’expéditeur n’était pas difficile à identifier. En deuxième année, Samael, l’un de ses amis les plus proches avait adopté le nom de ce mousquetaire et s’était retrouvé l’esclave de Liliana Vanloock à cause d’un pari stupide. Isaac était presque choqué. Ils avaient passé toute une année à se chamailler avant de s’ignorer complètement. La terrible blonde avait beaucoup changé. Il regrettait ses crises de colères parfois, celles qui les avaient rendus presque inséparables à une époque. Ils se fuyaient autant qu’ils se recherchaient pour ouvrir les hostilités. Le message était-il amical ou hostile ? Les positions de la jeune fille étaient incertaines à présent. Elle avait basculé côté Carrow aux dernières nouvelles… Mais pourquoi chercherait-elle à l’empoisonner ? Dès qu’il ne saisissait plus, il commençait à se méfier. En temps de guerre, les gens étaient surprenants ou instables…
Il faisait tourner un chocolat entre ses doigts lorsque la porte de la chambre s’entrouvrit et qu’un rai de lumière perça la pénombre. James était de retour. Il abandonna le colis suspect au coin du lit, enfila un jean un peu large – il n’avait d’ailleurs même plus besoin d’ouvrir le bouton pour se glisser dedans – et se traina jusqu’à l’entrée. L’énergie revenait doucement. Au bout de trois jours, les courbatures se dissipaient, il sentait même un vide rassurant au creux de son estomac. C’était le délai annoncé pour un rétablissement total. Il serait logiquement en forme pour le dernier jour de l’année, joie. 1998 s’annonçait pire que fin 97, ils allaient bien s’amuser… Sans un mot, il serra le jeune homme contre lui.
- Je crois que j’ai encore trop dormi…, marmonna-t-il la tête contre sa poitrine.
Pas la peine de le saluer à sept heures du soir, ils s’étaient vu à l’aube de toute façon, entre ses deux états de sommeil profond James n’avait pas encore quitté le lit. Comme il pouvait s’éveiller à n’importe quel moment, sa présence dans la chambre était une donnée incertaine, un coup de chance. Il détestait rencontrer son absence. Tout en jouant distraitement avec le col de sa chemise il ajouta :
- J’ai faim…
Comment résister à l’appel de la nourriture dans la pièce d’à côté ? Le repas tout prêt était une excellente idée. Son appétit aléatoire arrivait aussi vite qu’il pouvait disparaître. Mais il n’ajouta rien d’autre, sa tête brûlante et sa bouche très sèche le forçaient à tout réduire à l’essentiel. _________________________________ |
|  | | James Kirkby Apprenti fabricant de baguettes magiques

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 | Sujet: Re: La vie en kit, livraison à domicile [James] Dim 7 Fév - 12:14:59 | |
| D'ordinaire, lorsque James rentrait le soir, il retrouvait la chambre plongée dans la même obscurité que lorsqu'il l'avait laissée le matin, et Isaac endormi ou du moins comateux. Il entrait alors très discrètement, sans un bruit, et déposait une caresse légère sur le front du garçon, pour le réveiller aussi doucement possible. Il fallait bien interrompre ce sommeil pour l'obliger à avaler quelque chose, et pour le soigner – malgré ses protestations marmonnées. Isaac repoussait d'un geste las le baume que son hôte prétendait lui appliquer pour faire disparaître les vilaines marques de coups, puis il se laissait faire en soupirant ; de même pour la potion qui reconstituait lentement ses os. Le Serpentard faisait un mauvais malade, refusait d'admettre qu'il avait besoin de soins, ne respectait qu'à grand-peine les consignes de prudence données par James ; il n'avait pas besoin de tout ça, disait-il, il allait très bien, ça allait passer. La grande phrase. Ça va passer. Dans ces moments-là, James le rappelait à l'ordre, du ton faussement sévère qu'ont parfois les infirmières ; et le Serpentard se laissait convaincre, probablement plus par égards pour l'étudiant que parce qu'il revenait enfin à la raison...
Ce jour-là, cependant, il ne retrouva pas son pensionnaire endormi dans la chambre ; Isaac s'était levé, habillé, et il se tenait debout dans l'entrée. James lui adressa un grand sourire et se laissa étreindre, sans oser rendre l'embrassade ; le gamin était encore fragile, quoi qu'il fît pour ne pas le laisser paraître. L'étudiant se sentait plein d'une fierté assez rare ces jours-ci ; il arrivait à soigner l'adolescent, à le remettre sur pied, et le voir debout lui causait une émotion imprévue. Il passa une main fébrile dans les cheveux noirs d'Isaac, posa un chaste baiser sur son front et murmura :
-Profite, repose-toi... Tu en avais bien besoin.
Le garçon annonça qu'il avait faim, ô joie ! Depuis son arrivée, il fallait déployer des trésors d'éloquence pour le convaincre de manger deux bouchées par jour, et voilà qu'enfin il réclamait de lui-même la nourriture... Si ça continuait comme ça, on pourrait peut-être faire quelque chose de lui. James se retint de le serrer dans ses bras, et annonça simplement :
-J'ai pris des pizzas juste à côté... Je les ai ensorcelées discrètement pour qu'elles restent chaudes. J'espère que tu aimes ça, ajouta-t-il en faisant signe à Isaac de prendre place devant la table basse.
Il se débarrassa enfin de son blouson en se rendant à la cuisine pour y prendre des couverts, des verres et trois bouteilles différentes – Bièraubeurre, eau, jus de citrouille. Apparemment, les cartons de pizzas pouvaient servir d'assiette (drôle d'idée), pas la peine de ramener de la vaisselle...
-Qu'est-ce que tu bois ? demanda le jeune homme en posant ses trois bouteilles devant Isaac. Et pour les pizzas... je savais pas quoi prendre, alors j'ai pris les trucs les plus classiques... Enfin, c'est ce que m'a dit le Moldu... Quatre saisons et napolitaine. C'était la première fois que j'allais là-dedans, j'ai dû avoir l'air d'un gros idiot. Et encore, j'avais préparé l'argent dehors...
La veille, il s'était rendu chez Gringotts pour y changer une bonne quantité d'or en livres sterling ; le soir, il s'était familiarisé avec les pièces, les billets à l'effigie de la reine, de façon à avoir l'air à peu près naturel au moment de payer. Il cessa de parler pour regarder Isaac et déclarer, attendri :
-Tu as meilleure mine, je suis content. Tiens, mange, fit-il en poussant vers lui la première pizza qu'il venait de couper en parts.
Lui-même n'avait pas encore très faim, et il se servit une large rasade de Bièraubeurre avant de s'attaquer à la nourriture ; ceci fait, il se releva pour aller jeter ses chaussures dans un coin avant de se rasseoir en soupirant :
-Ce que ça fait du bien de se poser... J'avais un tas de trucs à faire aujourd'hui, je n'en peux plus. Et toi, comment tu te sens ? Ça me fait plaisir de te voir manger, en tout cas.
Qui a dit que le Mangemort n'était qu'un monstre, un sanguinaire ou un pervers ? Il souriait en regardant l'adolescent picorer la pizza, se félicitait de le voir reprendre du poil de la bête, et oubliait tous ses principes anti-nés moldus. Pis encore ; il en venait à renier tout ce qu'il avait cru juste, et son estomac se tordait douloureusement lorsqu'il pensait à l'affreux tatouage sur son avant-bras. _________________________________ |
|  | | Isaac Deniel Elève de Serpentard 4ème année


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 | Sujet: Re: La vie en kit, livraison à domicile [James] Mar 9 Fév - 11:39:04 | |
| James sentait bon la fraîcheur extrérieure. Une odeur de pluie et de givre traversait ses vêtements glacés. C’était agréable, après l’humidité humaine des draps, l’air pesant à force d’être chauffé, l’enfermement d’une pièce étroite. Il y avait une vie derrière les murs, une ambiance sans doute effrénée au cœur de la capitale. Alors que le temps lui semblait figé, les londoniens battaient le pavé, investissaient traiteurs et grandes surfaces, préparaient une nouvelle nuit de fête, arrosée au champagne sous les guirlandes de Noël. Les fenêtres de l’appartement montraient les décorations animées, installées sur les balustrades et derrière les vitrines de façades voisines. Ça lui donnait envie de sortir tout à coup. L’averse deviendrait-elle neige au cours de la soirée ? Il voulait goûter à la quiétude de ce climat doux et froid. Mais, avant les flocons, il devrait se contenter de la caresse d’un baiser sur son front. Rester au chaud contre le jeune homme était aussi une bonne option. Des idées plus positives décantaient son esprit confus. Il se réjouissait de petites victoires propres aux convalescents. Ce soir, il tenait debout, James ne le surprenait pas avec milles délicatesses dans son sommeil pour lui donner la nausée en parlant de manger. Il se sentait même prêt à affronter un repas tout ce qu’il y avait de plus déséquilibré, et c’était tant mieux. L’effluve de la pâte chauffée au bois était une invitation au confort, un plat simple et nourrissant qu’il avait l’habitude de commander lorsque ses parents rentraient tard pendant les vacances scolaires. La gastronomie fine ne lui disait vraiment rien.
Se détachant du jeune homme qui l’avait à peine touché – comme s’il n’était qu’une petite chose fragile que l’on briserait d’une étreinte ! – Isaac fit quelques pas dans le salon. Les cartons reposaient sur la table basse. Il opina doucement lorsque James lui demanda s’il aimait le plat et se laissa tomber dans le divan, avec la désinvolture de quelqu’un qui se sent déjà chez lui. L’avantage, en plus de son adaptation facile, était que, depuis le début, il n’y avait jamais eu de gêne entre eux. Ils partageaient une sorte de familiarité étrange, et difficile à expliquer. C’était là. Pendant que son hôte sortait les couverts le Serpentard ouvrit les paquets pour vérifier si les pizzas contenaient des ingrédients mangeables. Certains restaurants avaient parfois de drôles d’idées ou s’attachaient à des ingrédients infâmes, comme les anchois, la bolognaise et, selon son estomac actuel, les œufs. Heureusement, l’ensemble était raisonnablement classique, il ne ferait peut-être pas de fausse joie à James. Comme ce dernier revenait il se calla à nouveau dans le canapé et lui demanda un verre d’eau, après avoir louché sur la bièraubeurre. Sa sagesse l’étonnait presque. Le jeune homme occupa le silence en racontant son aventure à la pizzeria moldue. Il s’efforçait toujours de lui parler un peu, malgré son mutisme prolongé ou ses réponses laconiques. Quand il se taisait, Isaac l’embrassait, et ce geste excusait la triste compagnie qu’il lui offrait. Les mots lui semblaient trop longs, compliqués à articuler.
Le récit de James lui arracha un sourire amusé. Il n’était pas obligé de se perdre au milieu des moldus pour lui rapporter le dîner, ce monde, trop différent du sien, lui était totalement inconnu, mais il venait de s’y aventurer pour lui. Le repas n’en paraissait que meilleur. S’ils avaient été plus près, il n’aurait sans doute pas pu résister à l’envie de l’embrasser une fois de plus. Il regrettait de ne pas avoir vu sa mine égarée dans le restaurant du quartier. Qui allait de nos jours dans une pizzeria sans savoir à quoi s’attendre ? L’ignorance de l’étudiant sur cet incontournable de la cuisine italienne était d’ailleurs assez surprenante. Sa famille était-elle à ce point ancrée dans les traditions anglaises ? Il but une longue gorgée d’eau et déclara sans relever les compliments sur son teint :
- Ou l’air d’un garçon trop riche pour ne pas être déconnecté du quotidien populaire… Quoique je me demande si ça existe encore…, dit-il songeur. Ceci dit je ne pensais pas qu’il fallait être moldu pour connaître les pizzas. Tu n’en as jamais mangé ?
Il haussa un sourcil et mordit la pointe de sa part. Le premier morceau l’envahissait d’une chaleur lénifiante, dissipant peu à peu la brume de son esprit. Il mâchait doucement, en écoutant James d’une oreille attentive. Enfin, ils allaient passer une vraie soirée ensemble, il se sentait de discuter et n’avait presque plus envie de dormir. S’il venait à bout de son petit triangle, les couleurs finiraient sans doute par lui revenir. Ce serait une bonne chose. Son corps avait tellement fondu qu’il avait l’impression de n’être plus qu’une modèle réduit de lui-même. Et James répétait qu’il était content de le trouver en meilleure forme. Oui, quel soulagement n’est-ce pas ? Il n’aurait plus à s’occuper d’un parfait assisté. Isaac savait cependant que le jeune homme prenait l’état de sa santé très à cœur. Ses raisons restaient assez obscures. Sa disparition serait-elle réellement dramatique ? Même s’il avait invoqué son secours, il pouvait très bien se passer de lui. Qu’avaient-ils vécu de véritablement précieux ensemble ? Il y avait entre eux une entente physique indéniable, ce quelque chose qui passait et rendait l’instant agréable, à cause de sa présence, mais, au-delà, les conversations restaient simples, voire inexistantes. Le Serpentard s’était trop fermé au monde pour croire encore aux attentions sincères. Il les acceptait, en retirait une profonde affection, une reconnaissance immense et, pourtant, elles ne lui semblaient pas réelles. Ce présent était bien. Il essayait juste d’en profiter, et évitait les réflexions plus profondes.
- ça va mieux… Je crois que ma résurrection est proche, dit-il avec ironie. Il se tourna vers James est ajouta, un brin railleur : Je parie que tu es enchanté, ravi, ou que la nouvelle a quelque chose de fantastique ou merveilleux… Sauf si tu préfères un autre synonyme…
Les mots de James revenaient, et, soudain, il ne pouvait résister à l’envie de se moquer gentiment. Toute cette prévenance commençait à l’exaspérer. Oui, il avait passé des jours lamentables, la sollicitude du garçon le touchait, mais il n’était pas nécessaire de lui rappeler sa faiblesse à chaque phrase. Qu’il aille mieux n’avait rien d’exceptionnel, au contraire. Il trouvait la durée de son rétablissement interminable, et se maudissait de traîner encore les pieds le soir du troisième jour… Un soupire brisa son sourire espiègle.
- Et alors, comment t’es-tu épuisé pendant que ma journée ressemblait à un monochrome noir ?
Le ton, toujours très cynique, dissimulait à peine l’amertume de ses pensées. Il retrouvait l’appétit cependant. Sa mâchoire devenait moins douloureuse à chaque bouchée. _________________________________ |
|  | | James Kirkby Apprenti fabricant de baguettes magiques

Nombre de messages: 638 Age: 22 Localisation: Près de son Né-Moldu d'amour Date d'inscription: 01/01/2008
 | Sujet: Re: La vie en kit, livraison à domicile [James] Mer 10 Fév - 21:46:14 | |
| Il y avait bien longtemps que James n'avait pas passé la soirée avec quelqu'un, à simplement partager un repas, une discussion tranquille, et rien de plus. À vrai dire, ce n'était même jamais arrivé ; lorsqu'il sortait avec Grim, il était inconcevable que la soirée se termine chastement sur une conversation bon enfant... Le Russe n'envisageait pas d'aller se coucher pour se contenter de dormir, comme James et Isaac le feraient dans un moment, après un agréable moment de détente. Ce soir, la situation était bien différente ; le Serpentard aurait pu être un jeune frère confié à la garde de son aîné, et l'étudiant ne détestait pas cet exercice tout nouveau pour lui. Il veillait au bien-être de son hôte avec attention, déposait près de lui le verre d'eau, les couverts inutiles, le regardait manger du coin de l'oeil, heureux de le voir en meilleure forme.
Isaac s'était littéralement avachi sur le canapé, dans une position qui rassurait James sur l'état de ses os. La veille encore, il n'aurait pas pu s'asseoir de façon aussi désinvolte – d'ailleurs, la veille, il tenait à peine sur ses pieds ; en vingt-quatre heures, les os avaient fini de se ressouder, ou à peu près, et le guérisseur improvisé se sentait rempli de fierté. C'était la première fois qu'il soignait des blessures de cette importance avec des potions maison ; l'amélioration avait été longue à venir, de sorte que James avait été rongé d'inquiétude durant plusieurs jours... Mais tout avait l'air de s'arranger, désormais ; Isaac surmontait même sa répugnance pour la nourriture, et faisait honneur à la pizza. James choisit une part de pizza, à un endroit où la pâte était noircie et boursouflée, avant de répondre :
-Si si, j'en avais déjà mangé... Quand je suis allé en Italie. Mais ici, jamais. Tu comprends, il n'existe pas de pizzeria sorcière à Londres... Si on veut de la pizza, il faut aller chez les Moldus, avec leur argent bizarre... Ce n'est pas évident.
Sa dernière pizza remontait à plus de deux ans, à Naples, en compagnie d'un vague correspondant italien – le petit-fils d'une relation de son grand-père. Le benjamin Kirkby avait été expédié en voyage à travers le vaste monde, le temps d'oublier son projet de devenir fabricant de baguettes magiques ; le somptueux cadeau avait eu l'effet escompté et, à son retour, James s'était inscrit à l'université.
Le jeune sorcier était stupéfait de constater que les pizzas confectionnées à Londres étaient aussi bonnes que celles qu'il avait goûtées en Italie. Il avala sa part en deux bouchées et en reprit une, alors qu'Isaac n'avait même pas mangé la moitié de la sienne. Le Serpentard avait d'ailleurs cessé de mâcher pour lancer une vanne sur sa prochaine résurrection.
-Effectivement, tu vas mieux, appuya James entre deux bouchées. Tu redeviens infect; c'est bon signe.
Un rapide coup d'oeil ponctua l'affirmation, soulignant l'intention ironique de la déclaration. À vrai dire, l'étudiant n'avait pas la moindre idée du tempérament d'Isaac lorsqu'il était dans son état normal ; il ne le connaissait pas suffisamment pour pouvoir juger de l'amélioration de son état de santé par la dégradation de son caractère, mais il ne pouvait pas résister au plaisir de vanner le garçon. Le jeune homme acheva à belles dents sa part de pizza, la poussa d'une gorgée de Bièraubeurre, et se cala confortablement dans le canapé en soupirant d'aise. Il ne manquait plus qu'une cigarette à son bonheur, mais il tâchait de réduire sa consommation de tabac ; en outre, il ne voulait pas être impoli en imposant son tabagisme à Isaac. Il retint un soupir lorsque l'adolescent lui demanda à quoi il avait occupé sa journée, et se contenta d'une réponse évasive :
-Oh, j'avais des courses à faire... Des trucs pour les potions... J'ai acheté trois bouquins aussi, si tu veux y jeter un coup d'oeil... Et puis j'ai pas mal marché, ça fait du bien, un peu d'exercice...
Pas question de raconter qu'il s'était baladé dans le quartier de Kensington, qu'il avait protégé un immeuble moldu où logeait, comme par hasard, la famille Deniel ; pas question de préciser que c'était précisément cela qui l'avait épuisé, tant il avait voulu que la protection soit complète et avait lancé des sorts puissants. L'air de rien, James reprit une part de pizza, en espérant qu'Isaac ne percevrait pas la quantité de choses qu'il lui cachait. _________________________________ |
|  | | Isaac Deniel Elève de Serpentard 4ème année


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 | Sujet: Re: La vie en kit, livraison à domicile [James] Sam 13 Fév - 14:36:01 | |
| Avachis sur les canapés, étendus sur le plancher, un coussin entre les bras, renversés sur les lis, assis sur les tables d’une salle de classe inoccupés, adossés contre l’arbre du parc, les élèves de Poudlard enchaînaient les discussions paisibles, joyeuses, abandonnées aux temps insouciants. Il se revoyait en chaque lieu, un groupe de Serpentard autour de lui, souvent les mêmes. D’abord les garçons, intrépides et malicieux, à l’affut de la nouvelle fantaisie du jour, puis les filles, délicieusement moqueuses, les critiques tournées vers la dernière rumeur de l’heure. D’un sexe à l’autre, tous arboraient les mêmes couleurs, celles du grand Salazar. Il avait aimé chaque instant, gouté les charmes de l’insouciante comme si ces petites scènes pouvaient se répéter infiniment. Mais rien ne durait. Un matin, le réveil annonçait la fin. Elle ne s’impose pas tout de suite à l’esprit. Les semaines trainent, les répliques s’espacent, les sourires se perdent, les mois se vident. Alors, frappé d’un sinistre laissé aller, on s’enfonçait dans sa déréliction, le reste du monde ne comptait plus. Pourquoi parler ? Pourquoi s’encombrer de mots sans valeurs, menteurs, dissimulateurs, lorsque tout virait au tragique, au drame absurde et cruel. Ce monde ne se gouvernait plus par l’insouciance. Ils restaient aimables, saisiraient sa main s’il la leur tendait pour l’entraîner au Royaume illusoire du Parfait. Allons, la situation ne mérite pas toute cette colère. Les crimes les plus terribles s’oublient. Ce n’était qu’une séance de torture parmi tant d’autres, la douleur passera, tout s’efface. Regarde, ton bourreau sourit, les joues rebondies, le regard brillant, on lui trouve vite de bons côtés en discutant. Il n’arrivait pas à voiler les faits par quelques conversations indolentes. Leur vanité devenait insultante, ceux qui osaient les pratiquer devenaient haïssables. Qui était encore digne de son estime au château ? Ils le décevaient tous un par un. Mais les échanges complices lui manquaient. Ça semblait simple quand on le vivait et pourtant, il ne savait plus comment recommencer, et surtout, comment les apprécier. Son dernier bon moment, il l’avait vécu avec Apollon, avant la retenue. Ils s’étaient terriblement amusés ce soir là. Pas pour les bonnes raisons hélas. La joie ne le gouvernait pas, il n’éprouvait qu’une envie brutale de se défouler, tout n’était qu’excès et artifices. Puis, l’alcool était monté, il y avait eu la violence, le désordre mental, le black out, la punition… L’âpreté des souvenirs nouait sa gorge, l’appétit vacillait doucement. Ne pouvait-il pas se défaire de cette semaine de retenue ? Ce n’était rien, il en verrait d’autres. Oui, mais le plus terrible était de mesurer à quel point les moments heureux étaient loin, à une distance telle qu’il était impossible de s’y raccrocher. Au final, c’était peut-être James qui détenait les douceurs les plus récentes. Etait-il possible de réapprendre ces instants de rien, où les secondes défilaient sans eux, et que la parole rendue semblait compléter l’être ? Ils essaieraient.
Les thèmes changeaient vite, gastronomie, moldus, voyages, … Tant de choses qu’ils auraient pu développer des heures sans réfléchir, pour le simple plaisir de former des phrases, et qui n’en resteraient qu’à la simple évocation. Il le regrettait presque. Mais à force, on revenait toujours au point de départ. Une information qui filait finissait par revenir. Comme James mangeait à son tour, il souffla d’une voix distraite :
- Je suis allé en Italie une fois, avec mon grand-père, pour voir Pompéi à la base, mais c’était finalement pas le plus drôle à faire…
Ah, en voilà un bon moment par exemple. Il avait vu dans son enfance un reportage sur la cité figée dans l’antiquité, et, comme à cet âge les histoires de villes fantômes et de volcans exercent sur l’imaginaire une fascination intense, il s’était pendant une courte période passionné pour le sujet. Son grand-père paternel encourageait toutes ses découvertes, avec un enthousiasme presque aussi vite comme le sien. Ainsi, un voyage en Italie avait été organisé aux vacances scolaires d’avril. Une semaine, avait assuré le vieil homme à ses parents. Mais, toujours animé d’une nouvelle idée quand aux lieux à visiter, il l’avait trainé d’un bout à l’autre du pays en prolongeant bien évidemment le séjour d’une semaine. Mais ce soir, papy Levi n’était pas là, et il ne le reverrait sans doute pas avant un long moment, s’il devait le revoir un jour. Une ombre de mélancolie passa dans ses yeux sombres. Il avait préféré évincer son trouble en se moquant des attentions de son hôte et la réflexion de ce dernier lui arracha un sourire enchanté. Il ne le prenait pas mal et l’invitait presque, semblait-il, à poursuivre. L’acidité soudaine de son ton était bon signe, disait-il. Isaac se demandait s’il avait pu noter cette particularité de son caractère qui n’hésitait pas à railler. Il était resté assez soft avec lui, presque naïf par certains aspects, comme si ce qu’ils partageaient annulait ses répliques cassantes habituelles. Peut-être n’étaient-ils tout simplement pas assez proches pour que cette attitude ne devienne pas une agression. Les yeux pétillants de malice, il lança d’un air soudain plus joueur :
- Ne sors pas les grands mots trop vite, t’as encore rien vu, tu finirais à court de vocabulaire…
Il soutint quelques secondes le regard du jeune homme et se concentra sur son maigre repas en écoutant le récit très bref de sa journée. James n’avait visiblement rien de palpitant à rapporter. Des courses pour les potions, matière relativement ennuyeuse à son sens, quoiqu’elle l’avait bien aidé ces derniers jours, des livres, et une promenade harassante. Isaac avait l’impression cependant que l’étudiant restait volontairement dans le vague. Mais que pouvait-il en conclure ? Ses affaires n’étaient pas les siennes. Il avait peut-être un domaine privé à préserver, quelque chose comme un amant à retrouver. Après tout, il lui avait avoué être en couple lorsqu’ils s’étaient rencontrés. Milles autres choses étaient à dissimuler à une personne qui ne faisait pas parti de votre quotidien, et plus encore quand leurs mondes semblaient si radicalement opposés. James voyait-il en lui un bon compagnon après tout ? Il ne donnait rien d’autre que l’image d’un gamin blessé à protéger. L’idée de sa condescendance lui était assez insupportable.
- ça dépend pour les livres, tu as acheté quoi en fait ? demanda-t-il en rognant le bord de sa pizza. Puis, jetant un regard à vers la fenêtre éclairée, il commenta innocemment : J’espère que je pourrais sortir avant la fin des vacances… Mais je ne me sens pas de cavaler toute une journée sous la pluie… tu crois que la neige se décidera enfin à tomber ?
Parler du temps, c’était bien au fond, ça vous ouvrait à un monde de sensations après un enfermement prolongé. Lorsqu’il avait marché à l’aveuglette jusque chez James l’air était glacial, humide, le ciel blanc ou gris. Il avait froid, et terriblement mal. Son corps réclamait un climat plus tendre. Sa part achevée, il but une longue gorgée d’eau fraîche, s’attarda un instant sur le jeune homme qui profitait, bien callé dans le canapé, du calme retrouvé, et attrapa un nouveau bout en remplissant son verre de bièraubeurre. _________________________________ |
|  | | James Kirkby Apprenti fabricant de baguettes magiques

Nombre de messages: 638 Age: 22 Localisation: Près de son Né-Moldu d'amour Date d'inscription: 01/01/2008
 | Sujet: Re: La vie en kit, livraison à domicile [James] Dim 14 Fév - 0:51:50 | |
| Avachi dans le canapé, bien calé contre le dossier de cuir, James entreprit de se mettre à l'aise avant de continuer à manger. Il commença par ôter son pull, puis déboutonna sa chemise et en remonta les manches – un sortilège avait fait disparaître la Marque des Ténèbres sur son bras. Son torse pâle s'ornait d'un fin cordon noir, auquel pendait un bijou d'argent, oeuvre gobeline ; le pendentif représentait un symbole runique finement ciselé, et c'était l'un des rares objets familiaux auxquels James tenait réellement. Il lui avait été offert par son parrain, un vieux sorcier un peu inquiétant à force d'érudition, grand spécialiste des runes anciennes et original de service d'un noble lignage sorcier. Le vieux Helge – car il exigeait qu'on lui donnât le nom viking que lui-même s'était choisi – avait été un parrain excentrique, mais attentif et attachant, l'une des rares personnes réellement affectueuses à l'égard du benjamin des Kirkby. Lorsque le vieux sorcier était mort, son filleul était en septième année à Poudlard ; il avait alors ôté le pendentif offert par Helge, pour, croyait-il, ne plus jamais le remettre. Il avait éprouvé le besoin de le ceindre à nouveau lorsque Grim avait mystérieusement disparu, et il avait acheté un mince cordon pour remplacer la chaîne d'origine qu'il trouvait trop classique. Le jeune homme joua un instant avec le bijou, la voix de Helge résonnant encore à ses oreilles pour lui expliquer la signification de la rune d'argent.
-L'air... la liberté...
La liberté. Il avait juré à Helge de la préserver à tout prix, et il était passé de la soumission à son père à l'asservissement à Lord Voldemort. Brillant élève pour un maître aussi valeureux... Consterné par cette idée, James acheva de se mettre à son aise en débouclant sa ceinture – non sans jeter un regard à Isaac pour s'assurer qu'il ne se méprenait pas – et se raccrocha à la première bribe de conversation qui passait.
-Je suis tombé amoureux de l'Italie lorsque j'y suis allé. J'aimerais beaucoup y retourner, mais en étant plus libre que je l'étais à l'époque... Mon grand-père m'avait confié à la garde d'amis à lui, et je ne pouvais pas faire grand-chose sans eux, c'était assez frustrant. Ils me surveillaient sans cesse, je n'ai pas pu m'approcher à moins de trois mètres d'une Italienne... et encore moins d'un Italien, tu imagines. C'est dommage, il y a de beaux garçons là-bas... et précédés d'une flatteuse réputation...
Il rit doucement en prononçant ces mots, son esprit lui présentant une ribambelle de fiers Latins machos, qui sauraient posséder son corps et le dompter... À dix-sept ans, lorsqu'il avait visité le pays, il ne savait pas encore qu'il aimait les hommes – pas consciemment – et il avait été stupéfait de voir que son attention était sans cesse attiré par les jeunes Italiens... Leurs gestes nonchalants, leurs attitudes de m'as-tu-vu, leurs attitudes soigneusement calculées le fascinaient. Il croyait alors qu'il les observait pour apprendre d'eux de nouvelles méthodes de drague, mais désormais, il savait exactement pourquoi il prenait plaisir à les détailler...
Isaac répliqua malicieusement à sa petite vanne sur son caractère, et l'étudiant ne trouva rien à répondre, hormis une grimace ; la bouche tordue, le nez retroussé, comme un chien méchant de comédie, il semblait mettre le Serpentard au défi de prouver ce qu'il venait de dire. Il termina en levant très ostensiblement les yeux au ciel, prenant la divinité à témoin de l'ineptie de la jeunesse ; sa pantomime achevée, il pointa silencieusement sa baguette sur la deuxième pizza, la découpa en huit parts impeccables, dont l'une ne tarda guère à trépasser. Ayant mangé, il répondit tranquillement à la question d'Isaac :
-J'ai pris un bouquin sur le fonctionnement du système judiciaire magique, un sur les relations entre sorciers et créatures magiques intelligentes depuis le Moyen Âge, et un de sortilèges avancés...
Ce dernier ouvrage lui avait fourni une aide précieuse pour protéger l'immeuble de Kensington, et l'une des pages était d'ailleurs marquée ; les deux autres répondaient à des curiosités récentes du jeune homme, suscitées par des faits d'actualité. Il remplit son verre de Bièraubeurre, suivit le regard d'Isaac vers la fenêtre, et répondit :
-Il commençait à faire très froid quand je suis rentré, il va peut-être neiger cette nuit. Demain, si tu veux, tu pourras sortir... Pas très loin, attention. Si tu veux, on pourra aller dans Regent's Park, ou alors je transplanerai et on ira ailleurs... mais il ne faut pas que tu marches des heures, d'accord ? Enfin, je dis « on », mais tu veux peut-être aller te balader seul ? Tu as peut-être des choses à faire, des gens à voir ? N'hésite pas à me le dire... Je n'ai pas souvent de la compagnie, alors je fais un peu mon possessif, s'excusa-t-il en souriant. _________________________________ |
|  | | Isaac Deniel Elève de Serpentard 4ème année


Nombre de messages: 517 Age: 21 Localisation: With you my dear... Date d'inscription: 13/06/2007
 | Sujet: Re: La vie en kit, livraison à domicile [James] Mar 16 Fév - 23:38:06 | |
| Les yeux sombres du jeune garçon détaillaient, sans expression particulière, le pendentif qui brillait sur la poitrine dénudée de son compagnon. Très observateur avec les personnes qui retenaient son intérêt, Isaac avait noté la présence du bijou quelques jours plus tôt. C’était une nouveauté. L’étudiant ne l’arborait pas cet été, il en était certain, et ce genre d’accessoire, dissimulé sous les vêtements, avait souvent une valeur sentimentale, une signification profonde. Parfois, il passait autour du cou une étoile de David offerte par ses grands-parents. La chaîne, très fine mais solide, se destinait aux enfants. Il n’avait jamais voulu la changer. Il était bien trop fier de la porter à l’époque pour y songer. Puis, l’inconstance des années tendre avait peu à peu laissé l’objet sur sa table de chevet. Il l’emportait cependant à toutes les séances de piscine puisque ses camarades de primaire l’avaient regardé d’un drôle d’air en découvrant le symbole sur son torse. Sûr que ça changeait des croix de son école privée. Allez savoir pourquoi, les autres gamins s’en trouvaient perturbés. Ils sentaient une différence soudaine, difficile à ignorer, quand les parents ne s’occupaient pas de modeler leur esprit en traitant son père de parvenu. Etaient-ils jaloux ou plus malheureux ? A peine, tous occupaient de hautes fonctions, mais dévaloriser son prochain était, après le travail, une seconde passion dans ces milieux. Les plus mauvais n’hésitaient pas à verser dans le racisme de bon ton, et l’écho de leurs critiques l’affectait toujours un peu. Il n’aimait pas l’idée que l’on puisse dire du mal de son père. Alors il les défiait, ces fils de bonne famille. Sa tendance à la provocation s’était manifestée très tôt. Si aujourd’hui il en payait les frais, il savait qu’il ne renoncerait jamais au plaisir de choquer. Le bijou de James répondait-il à un code particulier ? De près, il identifiait la forme d’une rune, mais ses connaissances limitées en la matière ne lui permettaient pas de l’expliquer. Sa curiosité s’aiguisa. Elle retomba la seconde suivante, balayée par les mains que James venait de porter à sa ceinture. Il faisait quoi là ? Les derniers propos ne lui avaient pas semblé très érotiques, à moins d’être assez tordu pour s’exciter sur des cadavres couverts de cendres. Mais le jeune homme évoqua plus longuement son voyage en Italie, comme s’il n’y avait rien de plus à comprendre. C’était peut-être vrai. Il avait cependant toutes les raisons d’extrapoler.
Un sourire léger frôla ses lèvres. Toutes ces précisions, apportées le plus naturellement du monde, l’enchantaient. Il n’y avait pas besoin de questions, James déroulait lui-même ses souvenirs. Des personnages inconnus apparaissaient, un mode de vie, des révélations, des déceptions, à propos de ses plans dragues manqués notamment. La réputation du pays n’était pas infondée, et les italiens étaient, au regard des anglais, d’une insolence déconcertante. Fiers et impudiques ils parlaient haut, se tenaient par la main, les hanches, les épaules, hommes comme femme, et s’attachaient terriblement à leur apparence. Là bas, l’allure n’avait rien d’éloquent. Un style décallé pouvait attirer votre regard au détour d’une rue, il reparaissait sur une même personne à un autre tournant. Entre rebelles et fashion victime, la frontière semble parfois très mince. Il ne fallait pas non plus chercher les gays potentiels de la même façon qu’à Londres. Que des garçons en t-shirt moulant se posent sur les genoux de leurs amis n’avait rien de surprenant. A l’époque, Isaac n’en avait pas tiré les mêmes conclusions. Il s’était contenté de noter une différence de comportement assez troublante, observée par ailleurs dans les autres pays méditerranéens. A neuf ans ses regards s’attardaient peu sur les garçons. Pourtant, le mâle rital ne devait pas manquer d’intérêt. Les langues latines avaient leur charme après tout. Amusé, il lança d’une voix douce :
- Quand je pense que je n’avais même pas l’âge d’en profiter ! Je crois qu’il ne nous reste plus qu’à y retourner…
James avait changé depuis la dernière fois. Il semblait plus en accord avec lui-même et n’avait plus rien du garçon coincé qu’il avait essayé de débaucher, avant de réaliser que le jeune homme s’était très bien débrouillé sans lui. Etait-ce le signe qu’il vivait mieux son homosexualité ? Il l’espérait. Isaac trouvait de son côté la situation inédite et terriblement agréable. A Poudlard, Carrow ou pas, il ne pouvait pas échanger de cette façon avec les autres garçons. Alix restait trop réservé de ce côté, et le reste de ses connaissances n’avait tout simplement pas le profil. Ce genre de conversation, où il n’était plus question de juger les goûts du gay de service, lui avait souvent manquées. D’ailleurs, il ignorait en grande partie les préférences de James, l’idéal tel qu’il aurait pu se le représenter. L’idée de sujet séduisait d’avance les heures languides, même si les révélations l’inquiétaient un peu. C’était idiot, mais il lui en coûterait de ne pas correspondre au portrait, quand le jeune homme ne correspondait pas franchement à la définition de son fantasme. La réalité dépassait ces critères. Il sentait à la fin de sa dernière plaisanterie que leur complicité se renforçait, passant soudain par un langage muet. L’étudiant esquissa une mimique faussement sceptique à laquelle il répondit en haussant un sourcil. S’il voulait des preuves de son caractère, il ne serait pas déçu. Un petit sourire en coin lui échappa et la discussion vira sur les livres.
Système judiciaire, relation entre sorciers et créatures, sortilèges avancés, … Les titres rompaient plutôt efficacement le jeu auquel ils venaient de s’adonner. Isaac se renfrogna, ennuyé. Ces thèmes n’avaient rien de très palpitant. Il se demanda cependant s’il pouvait trouver un point de raccord entre tous les ouvrages. Défense, attaque, et au milieu, quelque chose qui, à première vue, n’invoquait que la culture générale. Fallait-il se protéger ou couvrir quelqu’un ? La question s’imprima dans son esprit. Et, comme pour la dissimuler, il interrogea James sur la météo. D’abord avare en paroles, le garçon s’exprimait plus volontiers. Il écoutait et gardait tout, c’était plus fort que lui. La discussion avait beau être paisible, il calculait encore. Mais les mots de James le détendirent légèrement. Une promenade au parc ? Quelle belle invitation. A nouveau prévenant il lui fit promettre de limiter son temps de marche et lui demanda s’il avait d’autres personnes à voir. Il hocha négativement la tête et emprisonna son hôte d’un long regard en entendant sa dernière phrase. L’absence de compagnie était une information intéressante. Le mot possessif sonnait quand à lui de façon plutôt plaisante. Pourtant, ses traits gardèrent la rigidité du marbre. Il n’y avait plus que ses prunelles, perçantes et pénétrantes.
- Des gens à voir ? dit-il en ricanant froidement. Tu crois que j’aurais débarqué chez toi dans cet état si j’avais d’autres gens à voir ? Je me pensais bien entouré… Mais les temps ont changé n’est-ce pas ? Et ma famille… Ce serait trop compliqué. Pas la peine de les impliquer là dedans, ça les dépasserait ces histoires. S’ils me voyaient dans cet état, ils m’empêcheraient de partir… Non vraiment... tu ne te débarrasseras pas de moi comme ça, ajouta-t-il d’un ton plus malicieux qui tranchait avec l’âpreté de son discours.
Il posa sa part de pizza entamée de moitié sur la table et se coula contre James en laissant un index errer sur son torse :
- J’espère que tu seras assez possessif pour me tenir le bras alors, souffla-t-il.
Sa main remonta jusqu’au pendentif et il s’amusa avec, comme s’il ne s’agissait que d’un petit jeu de séduction classique. Mais James n’avait pas ce bijou avant.
- Tu manques à ce point de compagnie ?
Un regard en biais glissa sur le jeune homme, la rune argenté s’immobilisa un instant entre ses doigts, comme pour marquer l’interrogation, et il la relâcha, pour se relever, tranquille, et ramener les nouvelles acquisitions de son compagnon près de lui en s’installant à nouveau à l’autre bout du canapé. Ses yeux allaient de l’étudiant à la couverture des livres. Visiblement, leur contenu ne l’intéressait pas vraiment. Il feuilleta cependant le grimoire de droit en se demandant si un tel ouvrage pourrait fasciner ses parents. _________________________________ |
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